Oksana

Fil d'espérance

Oksana Brard
Co-créatrice de Association Kondor

 

« J’avais 16 ans quand cela m’est arrivé. Je dis « cela » car je ne sais toujours pas comment le définir étant donné que ce n’est ni une maladie, ni un accident. En effet, je suis devenue paralysée du jour au lendemain à cause d’une inflammation soudaine de la moelle épinière. Cela fait maintenant plus de quatre ans que ma nouvelle vie a débuté. Je ne sais pas si je pourrai, un jour, dire que j’accepte entièrement ma condition physique mais j’essaie néanmoins de trouver un autre moyen d’exister. Car oui, il faut le dire, plus rien n’a été pareil après ça.
C’est comme si on m’avait greffé de nouveaux yeux
Ce jour-là, un monde inconnu s’est ouvert à moi. Un monde où tout est plus compliqué que la normale, un monde difficile où les gens vous regardent différemment. L’accessibilité devient alors le nouveau concept qui guide nos vies mais surtout nos sorties et notre vie sociale. En résumé, toute notre vie est chamboulée. Mais en réalité, ce qui change le plus est notre perception de la vie. C’est comme si on m’avait greffé de nouveaux yeux. C’est comme si je voyais désormais très clair dans les personnes. Leurs qualités me paraissent beaucoup plus évidentes et il en est de même concernant leurs défauts. Je pense alors qu’à chaque drame de la vie, un tri se fait malgré nous. Un tri familial mais surtout amical. On subit tous ces changements puis on décide de devenir acteur de notre vie en retenant ceux qui s’éloignent et en écartant les personnes pouvant nous être nocives. Ainsi, on finit par être entouré uniquement du meilleur, uniquement par des gens qui nous veulent du bien. C’est ainsi que je me suis retrouvée seule avec ma mère, mon beau-père et mes deux soeurs à affronter ce changement. Mais je sais une chose : je m’en suis sortie grâce à eux.
Me recentrer sur les choses importantes de la vie
J’ai commencé la danse à l’âge de 8 ans et c’est quelque chose qui a toujours rythmé ma vie. Désormais, quand je vois mes amis danser lors des soirées, je les regarde en m’imaginant à leur place. La seule chose que je souhaite c’est qu’ils soient heureux et conscients de la chance qu’ils ont. D’ailleurs, s’il y a bien quelque chose que j’ai pu leur faire comprendre grâce à mon handicap, c’est la chance qu’ils ont d’être en bonne santé. J’ai également pu leur montrer que leurs soucis ne sont pas si graves et que tous les problèmes ont des solutions. C’est important de se rendre compte de la valeur des choses, qu’un rien peut nous rendre heureux. Mais pourquoi devons-nous toujours attendre une maladie ou un accident pour se rendre compte à quel point la vie est précieuse ? Alors c’est notre rôle à nous, mon rôle à moi : faire de mes faiblesses une véritable force afin d’avoir un impact positif sur mon entourage.
J’avais comme un sentiment d’explosion intérieur
C’est en ayant eu de nombreux moments d’échanges avec ces diverses personnes que cela m’a paru être une évidence : il fallait que je crée quelque chose pour améliorer la vie des personnes atteintes d’un handicap moteur. C’est ainsi que j’ai créé avec ma soeur l’Association Kondor qui est un guide pratique pour la vie quotidienne des personnes à mobilité réduite. C’est un site internet on l’on peut retrouver du tourisme adapté, des astuces pratiques, des voyages, des témoignages ainsi qu’un guide MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). En créant cette association, je me suis dit que c’était le moment que j’agisse dans ce milieu où tout est à améliorer voire à refaire. Je sais que je n’aurais sans doute jamais fait cela avant mon problème de santé, mais désormais, j’ai une multitude d’idées et de projets que je souhaite développer tout au long de ma vie. Mon principal objectif est d’aider, rien qu’un petit peu, les personnes en difficulté. Cela me rendrait réellement heureuse. Alors finalement, c’est à ça que « cela » m’a servi : à me recentrer sur les choses importantes de la vie mais surtout à trouver ma voie. Celle de créer des choses qui pourront aider et épanouir les gens. »
On décide de devenir acteur de notre vie en retenant ceux qui s’éloignent et en écartant les personnes pouvant nous être nocives

 

J’ai eu
soudain
envie
de vivre

Me recentrer
sur les choses importantes
de la vie
mais surtout
trouver ma voie

Inflammation moelle épinière

Oksana Brard est devenue tétraplégique suite à un rare accident de la moelle épinière. Le choc a été brutal et l’a projeté dans un monde nouveau : celui du handicap. En appréhendant avec violence cette solitude face à elle-même, elle a paradoxalement ressenti l’envie d’une ouverture aux autres. Donner de soi pour partager avec celui qui souffre, et aussi pour trouver le meilleur équilibre avec sa propre souffrance. Voir la vie autrement, voir sa vie autrement : un peu dit-elle, « comme si on m’avait greffé de nouveaux yeux ». Portée par l’envie de vivre, Oksana a parfois ce sentiment d’une explosion intérieur, proche d’une forme d’invincibilité.

 

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Le contenu texte de cette page est extrait du livre Le fil rouge d’entre nos vies.
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